Mardi 19 mai 2 19 /05 /Mai 18:12


Depuis la fête du travail, nous dormions ; c'est que nous avions commencé de lire, pressés par une critique alléchante, le nouveau polar de Franz-O, et qu'il nous a tellement captivé que nous avons sombré dans le sommeil, vers la page 16. Réveil douloureux.

Qu'avons-nous loupé, durant ces quinze jours ? Ah ! Des informations terrifiantes sont au bas du téléscripteur. Voyons cela.

- Le prochain Ministre de la Culture serait... Christophe Girard. Révélation sidérante du Post. Plus qu'Allègre à l'Education, ce serait l'ouverture de trop, la faute de goût. Christophe Girard ! Au Ministère des arts et des belles lettres ! Faut-il rappeler son méfait principal (il y en aurait d'autres à citer, mais trop nombreux) : la navetissime Défaillance des pudeurs ? Livre culte, pour les 65 qui l'ont lu. On en reparle, s'il accède à la rue de Valois. Frisson garanti : nuits blanches en perspective !

- Le prochain candidat de Fort Boyard sera, parmi d'autres, un romancier : Patrick Poivre d'Arvor, l'excellent auteur du Roman de Virginie et de l'Irrésolu (prix Interallié en 2000). Déjà des voix s'interrogent : est-il bon qu'un écrivain de son envergure sorte de sa réserve pour entrer dans le monde, rompe sa posture gracquienne et se montre à la télévision ? D'aucuns répondent que rien n'est de trop, lorsqu'il s'agit de faire connaître et triompher la littérature. Nous balançons entre ces deux idées, hésitants.

- Nancy Huston s'épanche dans Le Monde. Tribune crypto-féministe tonitruante et peu claire, qui commence par une pique à Simone de Beauvoir - cela excuse le reste, qui n'est cependant pas piqué des vers. "C'est tellement énorme qu'on ne le voit même pas : les hommes constituent, de par le monde, entre 90 % et 100 % des criminels, des pédophiles, des violeurs, des généraux, des chefs d'Etat et des grands leaders religieux". Et des bons écrivains ? Quelle proportion ? Evidemment, le cas de Nancy n'est pas un exemple qui aiderait à répondre. "Pour ma part, j'aimerais bien savoir pourquoi la spécificité des hommes (c'est-à-dire des mâles de l'espèce humaine) semble être le massacre des innocents. Ce n'est pas l'espèce humaine qui fait ça, ce sont les phallophores, jeunes le plus souvent mais encouragés, excités, éperonnés par des vieux. Oui, il faut avoir un pénis et des testicules pour ainsi charcuter, violer, ouvrir le corps des autres à la machette, au poignard ou à l'épée, les déchiqueter à la mitraillette, les décapiter et jouer aux boules avec les têtes... A toute époque surviennent les orgies sanglantes perpétrées par des mâles, non tous les mâles bien entendu mais eux seulement, alors que (si ce n'est dans Les Bacchantes où Euripide tente de fantasmer la chose) on n'a encore jamais vu une bande de femmes se livrer joyeusement au carnage, s'enivrer de sang, glisser dans le sang, éparpiller les intestins, piétiner les cervelles, bouffer à pleines mains la chair de leurs ennemis". Etc, etc. 2 pages comme cela. On n'a peut-être jamais vu une bande de femmes se livrer joyeusement au carnage, ensemble ; mais isolément, se livrer à la mauvaise littérature ou au délire, combien de fois ?

- Yann Moix, en matière de goût, se trompe décidément sur tout, y compris lorsqu'il ne parle pas de littérature - il y a une vraie cohérence chez cet homme, apparemment si confus. La musique, par exemple ; chroniquant S.T.P., À travers l'Amérique avec les Rolling Stones de Robert Greenfield, il écrit : "Je ne comprends même pas comment a pu exister une compétition, une guerre, entre fans des Beatles et fans des Stones . Zappa ne s'y est pas trompé : les Stones écrabouillent évidemment Paul et ses amis". Tssss...

- De Patrick Besson, une menace voilée, dans le Point du 30 avril : "J'ai fini mon roman". Gloups : il faut sans doute s'attendre à ce qu'il le publie.

- Une bonne baffe à Coehlo, par Jérôme Garcin : "je n'ai jamais lu un livre aussi bête. Aussi arrogant et pontifiant dans la bêtise" ; "à côté, même la prose d'Eric-Emmanuel Schmitt et les poèmes de Francis Lalanne semblent digestes" ; "roublardise de bonimenteur évangéliste", "écrit avec les pieds", etc. Sujet facile, certes, mais enfin, c'est toujours bon à lire. Voilà qu'on trucide tranquillement, pendant que la Vipère dort !

On se recouche. Réveillez-moi quand Girard remplace Albanel.
Par La Vipère
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Vendredi 1 mai 5 01 /05 /Mai 20:18


N'est-ce pas beau, ces milliers de manifestants qui défilent pour dire leur soutien à l'émission de Daniel Picouly sur France 2, qu'on dit menacée ? Ah ! Mais non. C'est pour tout autre chose : le premier mai.

Café littéraire ne mérite peut-être pas l'union syndicale, mais enfin, il serait dommage qu'il disparaisse si vite. Il y a eu quelques beaux plateaux - pas toujours, évidemment, et des aberrations (l'heure et demie avec BHL et Houellebecq, était-elle utile ?) ; mais tout de même. Et puis, c'est une question d'équité : C.L. est tellement mieux que Campus et ses suites qu'il serait injuste qu'il soit viré au bout d'un an alors que les seconds ont tenu des années.


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Le premier mai, un écrivain chôme-t-il ? Devoir pour lundi : établir une liste des auteurs qu'on emprisonnerait bien dans une fête du travail perpétuelle.


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Grippe mexicaine ! La pandémie menace ! C'est le début de la fin du monde ! Et nous sommes là qui nous passionnons pour l'actualité, la mousse sur la vague, la prochaine rentrée littéraire, alors qu'il ne nous reste peut-être plus que quelques semaines à vivre ! Ne plus lire que des classiques, des chefs-d'oeuvre certifiés ! Ne plus s'alimenter qu'au "Bon roman", la librairie de Laurence Cossé !


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Intéressant dossier dans l'Express sur les polygraphes, les "forçats de la plume", les omniprésents - Gallo, Onfray, et même Camus (71 livres depuis 1975). Michel Onfray : "Je travaille vite et beaucoup [c'est donc ça !], je ne prends pas de vacances, je ne pars pas en week-end". Une voix, au fond à gauche : "Bah c'est pas la peine de te sacrifier comme ça, tu sais".


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Parmi les bêtises lues ici et là, certaines nous concernent ! On en rougit.
Par La Vipère
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Lundi 27 avril 1 27 /04 /Avr 15:12


La vidéo est partout en ligne, mais enfin, la voici de nouveau, puisqu'elle est drôle.

Episode cocasse, et symptomatique, d'une certaine manière.

Symptomatique de ce que Naulleau & Zemmour expliquent rituellement presque à chaque fois (en tous cas, dans toutes les émissions que la Vipère a vues) devant des gens ("artistes", public) pour qui ça ne va pas de soi : ce que c'est que le rôle d'un critique, un jugement de valeur, une opinion, etc.

Que ça ne va vraiment pas de soi pour beaucoup de monde, c'est ce que montrent jusqu'à la nausée les saillies touchantes de Lalanne & Bigard, sur le mode enfantin que l'on connaît bien : "Tu as le droit de dire que tu n'aimes pas, mais pas que c'est nul" (l'art - le terme n'est pas bon s'agissant de Lalanne, mais passons - ramené au niveau de la carotte râpée dans les cantines : "Tu as le droit de dire que n'aimes pas, pas que c'est dégueulasse"). (De Bigard, réécouter la comparaison éclairante avec la thérapie. Saisissant).

Symptomatique, aussi, que leur travail (quoi qu'on puisse en penser par ailleurs), méritoire, est vain : on ne parle pas grec avec un japonais, ni allemand avec un lapon, ni on n'essaye de faire entendre à Lalanne ce que c'est qu'une critique, sans qu'il pète les plombs. C'est l'aspect tragique du sacerdoce de nos deux néo-Guignolisés : ils tentent d'évangéliser des âmes inévangélisables, en terrain hostile (la télévision, avec les applaudissements du public derrière) qui plus est.

(A la décharge de Lalanne, il n'y a pas de bonne réaction : on n'a pas à répondre à une critique, le dispositif est impossible, le débat critiqueur-critiqué n'existe pas en art - étant entendu qu'en ce qui concerne Lalanne, le terme "art", etc. Le concernant, il aurait d'ailleurs mieux valu qu'il s'en tienne à ce principe. Soit).

Travail impossible, donc. On peut trouver ça beau, si on veut, et même sacrificiel : s'engueuler avec Lalanne au lieu de lire Magris, c'est pousser l'abnégation bien loin. Bravo.

Mais quoi ! Après tout, cela donne des séquences comme celles-ci, qui en disent long sur beaucoup de choses, et qui sont irrésistibles. Ce n'est pas rien, non ?
Par La Vipère
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Lundi 20 avril 1 20 /04 /Avr 10:51



Scandale (1). Le Président de la Société Monégasque des Gens de Plume aurait déclaré à des journalistes de Libération, lors d'un dîner : "Jacques-Pierre Amette n'est peut-être pas très intelligent, mais il a gagné une fois le Goncourt".

Tempête diplomatique ; la SMGP dément ; Libé maintient.

"Il (le Président) a usé d’ironie à l’égard de Jacques-Pierre Amette ; cette ironie a été prise au premier degré par la presse. C’est la véritable origine de l’affaire", écrit le patron du journal dans son édito.


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Sélection du Goncourt de la Nouvelle : Antoni Casas Ros, Mark Greene, Hervé Jaouen (Petites trahisons et grands malentendus, chez Diabase) et Sylvain Tesson.

Ils choisissent le risque !

Si Casas Ros l'emporte, il refusera sûrement de se montrer. Pas terrible pour la photo.

Si Greene l'emporte, on dira encore de l'Académie Goncourt qu'ils ne sont plus foutus de couronner quelqu'un avec un nom bien français.

Quant à Tesson, il sera sûrement en voyage à pied au milieu du désert de Gobi, impossible à localiser le jour J.

Hervé Jaouen a toutes ses chances !


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Scandale (2). Marie Darrieussecq a présenté ses excuses aux éditions Verticales pour le papier ravageur des Inrocks sur François Bégaudeau. "Ces propos n'engagent ni les lecteurs, ni les auteurs-chouchous du journal", a-t-elle indiqué.

Tempête dans le milieu. Le groupe Gallimard se déchire. Attaques virulentes chez Verticales. Mais soutien plus que discret des autres auteurs P.O.L.


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Après avoir exigé la suppression de la pipe de Tati sur la photo de l'expo à lui consacrée à la Cinémathèque, la régie pub de la RATP exige la suppression de toutes les occurrences des mots "pipe" et "tabac" dans les enquêtes de Maigret avant d'accepter une campagne de pub pour des rééditions de Simenon.

Rappelons que Malraux s'est fait décloper sur un timbre, Lucky Luke coller un brin d'herbe dans la bouche, Sartre décloper idem. Rien n'est plus impossible désormais.


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Qui a écrit : "un grand style sans fioriture", "c’est puissant et sage" ?

- Un homme (une femme) du Monde sur le roman d'un voisin (d'une voisine) de bureau ?

- Un homme du Fig (etc.) sur le roman d'un voisin de bureau ?

- Un homme du Point sur le roman d'un voisin de bureau ?

- Un homme de Valeurs actuelles sur le roman d'un voisin de bureau ?

Réponse.


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De Virginie Despentes, cette menace : "Je suis dans le cycle des dernières relectures. C’est un roman un peu plus long que ce sur quoi je travaille d’habitude et ça me prend un temps fou."

Aaaargh !


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Tout Madame Bovary en ligne, avec le manuscrit original, la version dactylographiée, les ratures, corrections, etc. Yasmina K. aurait exigé de l'Université de Rouen la numérisation immédiate de ses propres manuscrits, avec les ratures, corrections, etc. "Pour l'histoire".


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Jack Lang demande aux Espagnols d'excuser Royal pour ses excuses. Ce n'est pas une blague ! On s'en excuse.
Par La Vipère
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Lundi 20 avril 1 20 /04 /Avr 10:46


Là, on n'attendra pas pour relira les romans. En attendant, en guise d'hommage, donc : 

Since Empire of the Sun came out ten years ago, I think people have welcomed me to the mainstream. Although I'm not so sure I want to be embraced by the mainstream. I think I'm still what I always was, a kind of fringe writer. I think I'm an imaginative writer who began his career by writing science fiction, but I haven't written any, really, for a very long time. I don't even consider Crash to be a science fiction novel.
Par La Vipère
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