Bide, mon amour

Publié le par La Vipère



Et maintenant quelques chiffres, puisés dans la chronique hebdomadaire de Jacob :


Pourquoi ce silence des éditeurs quant aux chiffres réels de l’édition ? En ces temps de rachats d’auteurs et de coups marketing, où les à-valoir augmentent alors que les ventes sont en berne, il vaut mieux, sans doute, ne pas trop faire savoir qu’on a perdu sa culotte. Quand on sait que Christine Angot a touché, du Seuil, 250 000 euros (source Bakchich), que cette maison d’édition a, en outre, très largement investi dans la publicité du livre, il est évidemment douloureux d’avoir à reconnaître un chiffre de ventes catastrophique : 15 171 volumes vendus. D’être seulement absent des listes évite au moins de devoir rendre des comptes à l’auteur en colère.


Jouissons un instant, et poursuivons.


Annoncé comme le best-seller de l’automne, le livre-secret conçu par Flammarion/Grasset (la correspondance Houellebecq-BHL) n’avait d’exceptionnel que sa mise en place : près de 150 000 exemplaires, vendus aux libraires de force, et à l’aveugle (ceux-ci ne décolèrent pas). Il n’en fallait pas moins pour faire monter la mayonnaise, et espérer un retour sur investissement proportionnel à l’à-valoir versé aux auteurs (300 000 euros chacun selon la rumeur, 150 000 selon l'éditeur). Un mois plus tard, c’est la douche. 34 000 livres ont été vendus au 9 novembre, chiffre dérisoire si l’on considère la notoriété des intéréssés et les moyens médiatiques mobilisés (journal de 20 heures, émissions spéciales etc.) Les retours du BHL-Houellebecq seront donc colossaux. Et l’éditeur va devoir détruire, purement et simplement, des dizaines de milliers de livres.


Un instant de pause, pour savourer tout cela comme il faut. Vous sentez ce picotement sur la langue ? Terminons.


Si les éditeurs n’aiment pas communiquer leurs chiffres, c’est aussi, souvent, pour ménager leurs auteurs. Quel serait l’intérêt, pour Flammarion, «palme des bides et des millions envolés», selon Backchich, de révéler à Catherine Millet que son livre, par rapport au précédent, par rapport à l’à-valoir reçu (500 000 euros), est un flop ? L’à-valoir est payé de toutes les manières. Il suffit à l’éditeur de rester flou, tout en évoquant des ventes légèrement inférieures à l’à-valoir versé. Plus judicieux, en effet, que de froisser l’auteur, qui sera tenté de croire que l’herbe est plus verte ailleurs (c’est faux). Pourquoi Grasset, encore, irait communiquer à Olivier Poivre d’Arvor les chiffres réels dont il dispose, s’agissant de son dernier roman ? Avec 3571 exemplaires vendus, mieux vaut, en effet, étouffer le bouillon.


Fin du festin. Merci.

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