A gauche, à droite

Publié le par La Vipère



A droite
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A droite, ils en disent aussi, des sornettes. Celle-ci, par exemple, relevée dans Valeurs actuelles chez le sympathique Bruno de Cessole, sous-Muray honnête, journaliste au goût parfait et romancier un peu tâcheron (L'heure de la fermeture dans les jardins d'Occident, à la rentrée dernière) : sommé, à l'instar des autres rédacteurs du journal, de livrer la liste de ses films cultes en DVD, il nous sort, outre La vie des autres (c'est de bonne guerre), Kagemusha, Roma et le Septième Sceau (ça ne rigole pas)... les Visiteurs, où il voit, avec son regard orienté... "un hommage implicite au Moyen Age et à ses valeurs" ! Et de remporter la palme du "sans commentaire" de la semaine.

A gauche...

A gauche, le galimatias engagé multiplié par 11 des auteurs du livre Il me sera difficile de venir te voir (Vents d'ailleurs éditions), fruit des idées de Nicole Caligaris et Eric Pessan, où des couples d'écrivains de France et d'ailleurs s'employent à "dire espérances et désarrois, commenter la « politique française d’immigration » et ses conséquences, essayer de dire non à l’arbitraire, relever ses manches, s’interroger sur la place de l’écrivain aujourd’hui, jouer le jeu d’un livre collectif" (sic), dûment interrogés par la téléramesque Martine Laval. C'est énorme.

De Brigitte Giraud, ce pataquès verbeux, tout prêt à être prononcé dans un colloque : Il me semble essentiel que l'écrivain propose une langue singulière, qui demeure l'une des armes indispensables pour penser le monde en toute liberté, et proposer une alternative au langage devenue discours formaté [...] L'engagement de l'écrivain doit commencer là, être dans la justesse d'une langue propre, réinventée, libre, pour qu'elle porte une pensée qui ne mollit pas, ne s'endort pas, ne fusionne pas avec le flux dominant censé nous proposer une vision unique et rétrécie du monde. La langue est l'endroit de la vigilance [ah ! la vigilance !], de l'interrogation, de l'insurrection. C'est à mon avis, le premier devoir - et pouvoir - de l'écrivain, se saisir de la langue, puis de la parole - quand elle lui est donnée - pour proposer une alternative. Et ainsi de suite, sur 30 lignes. Comprenne qui pourra.

De Christophe Fourvel, cette proclamation humide, à dire avec des trémolos dans la voix : Je crois que notre premier ennemi n’est pas la droite [!], ou l’ultra-libéralisme, mais la pauvreté intellectuelle, morale, le factice, la communication et le mépris pour la connaissance qui caractérise à trop peu d’exceptions l’ensemble de la classe politique. Plus que jamais nous devons revendiquer la culture qui nous fonde, notre exigence forte vis-à-vis de la langue, de la pensée, des œuvres mais aussi des relations humaines. De ces valeurs ne peut découler le mépris et la barbarie à l’oeuvre dans la plupart des politiques actuelles dominantes ["politiques actuelles dominantes" : c'est à ce genre d'expressions qu'on les reconnaît, les vrais écrivains d'aujourd'hui]. Et ce projet de livre se situait exactement là, entre l’exigence de l’œuvre et le partage, entre l’introspection et le collectif. Il cherchait avec de belles incertitudes, sur une base heureuse et honnête, à créer du lien [ah, si ça crée du lien, c'est que c'est bon].

D'Arno Bertina, cette parodie de discours lycéen, presque aussi difficilement lisible que ses romans : Depuis une dizaine d’années, et singulièrement depuis mai 2007 [mêmes tics que chez Jack Lang : Bertina, vous êtes mûrs pour prendre votre carte], quantités de décisions politiques scandaleuses ont été prises, qui ont mobilisé contre elles tout le réseau associatif et militant. Mais dans le même temps, l’opinion publique semblait s’enfoncer dans une sorte d’apathie. Cette apathie je la vis ou la ressens comme un scandale de plus [...] Lorsqu’un militant travaillant avec les sans papiers est interrogé par les médias ils n’a qu’un temps de parole très court pour faire prendre conscience de la gravité de notre apathie. Le temps du livre, le temps de la lecture, est un temps plus long qui, ajouté aux temps rapide des médias et des manifestations, pourra peut-être contribuer à réveiller les gens [Et un peu plus loin, cet aveu magnifique :] Je n’entretiens aucune relation particulière avec la langue française [Ah ! CQFD ; et comme si cela ne suffisait pas :] la langue française doit être portée, dans chaque livre, dans toute chanson, sur toutes les scènes de théâtre, à un point de combustion qui fera d’elle un alliage fantastique, composé de différents horizons (tous les registres de langue mais aussi toutes les langues).

De Samira Negrouche, à propos de Nicole Caligaris, avec un e : J'ai participé à ce projet car j'ai vu qu'il y avait face à moi une auteure [arf !] qui a écouté ma parole en pleine conscience, de la même façon que j'ai écouté et répondu à la sienne.

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NeNA 28/12/2008 20:53

Hiberner, une vipère littéraire ? Juste avant la rentrée de janvier ? Vous n'y pensez pas..

Vinosse 25/12/2008 11:00

Ça dort une vipère, en hiver...

Konstriktor 24/12/2008 12:54

Ah, chère Vipère,
Bravo (sssssssi ssssssssi) pour ce petit pot pourri (c'est le cas de le dire) de notre brochette hexagonale (c'est possible, ça?) d'artistes bien-pensants. Je ne sais pas ce qui m'inquiète le plus : leur novlangue littéraire ou le sérieux à la répandre (manquait plus que François Bon en chef d'orchestre, tiens).
Bonnes fêtes vipérines et...que la force salutaire du venin soit avec toi!

K.