Le rien, tout un art

Publié le par La Vipère



Savoir parler de rien, tout un art.

Charles Dantzig, avec qui l'on avait adoré n'être pas d'accord dans son Dictionnaire égoïste, s'aventure là où il ne devrait peut-être pas dans une toute aussi volumineuse Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (Grasset, toujours, sous la même élégante couverture bleu ciel), louée cette semaine par le fougueux Ono-Dit-Bio dans Le Point : une ennuyeuse accumulation de listes en tous genres, dont une sur quinze environ présente de l'intérêt, qui rampe poussivement dans le sillon creusé ces dernières années par les petites choses à la Ben Schott (Miscellanées & cie) et à quoi l'on préférera avantageusement, si l'on y tient vraiment, les Friandises littéraires (quel titre hideux) de Vebret dont parle Assouline sur son blog.

L'amusant, avec les articles d'ODB, c'est que rien n'y manque jamais, même sur 15 lignes :
- Les clichés : "le dandy Dantzig", dans le titre - parce qu'il lit trois auteurs du dix-neuvième siècle et ose deux livres de 800 pages, Dantzig est fatalement, aux yeux des journalistes, un dandy, ah !
- L'emballement ridicule : cette Encyclopédie, c'est rien moins que "la sensation de la nouvelle année" - voilà qui est définitif !
- Les formules : "Dantzig, lui, aime la vie comme ce n'est pas permis" - méditez, avec ou sans permis.
- La chute : "Cet hiver, portez du Dantzig"... Sans commentaire.

Six mille articles du même tonneau à venir dans toute la presse - déjà dans le Magazine littéraire de ce mois, pour commencer.

De Dantzig, il faudrait plutôt lire le dernier roman, à quoi la presse ici enflammée avait consacré des articles polis, aimables, un peu circonspects. Mais non : l'Encyclopédie, on peut la saisir en 10 minutes, on a des extraits à citer tant qu'on en veut, c'est drôle, c'est léger, c'est insignifiant, c'est idéal pour un article, c'est tellement mieux, au fond.
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