Arbitrages entre écrivains, la suite

Publié le par La Vipère



Le journalisme (en général, et littéraire en particulier) étant un métier fondamentalement grégaire, le petit jeu du recensement des inimitiés littéraires contemporaines, pratiqué par l'Express la semaine dernière à l'occasion d'une recension du livre d'Etienne Kern et Anne Boquel, Une histoire des haines d'écrivains, se retrouve partout ces jours-ci. La Vipère continue donc ses arbitrages, sifflet en main, impartiale comme à l'accoutumée, en relevant simplement avec tristesse que les haines de 2008 ont moins d'allure que celles d'hier, étudiées dans le livre (Jules Renard vs George Sand, Goncourt vs Zola, etc).

1. Philippe Sollers vs Philippe Muray, un duel proposé par Christian Authier dans le Figaro littéraire. Perfidie délicieuse d'Authier : "Du vivant de Muray, Sollers ne bougea pas une oreille. Ce n'est qu'après sa mort qu'il l'attaqua dans Un vrai roman, paru en 2007". Pas mieux ! Verdict : Muray, mais le match est déséquilibré : il combat dans une autre catégorie que son adversaire.

2. Denise Bombardier vs Gabriel Matzneff, duel proposé par le même, au même endroit. Immortel épisode d'Apostrophes où la première se répand contre le goût du second pour les jeunes, très jeunes filles. Denise comment, vous dites ? Verdict : au tribunal du style, Matzneff, cela va de soi.

3. Patrick Besson vs Didier Daeninckx, idem. Rappel des faits par Authier : "En juin 1993, quelques fins limiers crurent déceler un ­complot «rouge-brun» rassemblant intellectuels ou écrivains d'extrême droite et d'extrême gauche, notamment dans les colonnes de L'Idiot international. Parmi cette galaxie 'national-bolchevique', Patrick Besson, qui avait eu l'imprudence d'écrire dans L'Humanité comme dans Le Figaro ou L'Idiot tout en ne cachant pas ses penchants serbophiles, fut l'une des cibles. En particulier de Didier Daeninckx, auteur de polars et principal instigateur de cette campagne épuratrice". C'est vrai que c'était con, cette campagne ! Aussi con que toutes celles du genre (cf. Taguieff, Camus & cie). En plus, Daeninckx a un nom pas possible et écrit des navets, ce qui fait beaucoup d'éléments à charge. Mais enfin, Besson est-il moins détestable ? Il écrit mal, et partout ; des chroniques fainéantes et des romans nuls - l'un dans l'autre, on préfererait malgré tout qu'il s'en tienne aux chroniques. Il y avait tant de bonnes raisons de l'anéantir, et ce crétin de Daeninckx qui va choisir la plus bête, la raison politique ! Verdict : match nul.

4. Marc-Edouard Nabe vs le reste du monde. En guise de bouquet final, une interview de Nabe sur le mode qu'on imagine - le milieu littéraire hait la littérature, "dès qu'il y a une langue qui apparaît, le milieu littéraire se ligue contre cette langue", etc., ce qui ne manquerait pas de vérité si Nabe n'employait ici les mots "littérature" comme synonyme de "mes livres" et "langue" pour dire "mon style". Verdict : l'heure du déjeuner ayant sonné, l'arbitre est parti manger en laissant les adversaires continuer sans lui.

5. Pierre Assouline vs François Bégaudeau. Nous savions le premier en conflit avec Houellebecq, l'Obs nous apprend qu'il l'est aussi avec Bégaudeau, qui le tient pour un parangon de la réaction depuis qu'il a vertement critiqué son lamentable Fin de l'histoire sur son blog. Haine vérifiée ensuite lors d'une confrontation sur le plateau de Picouly, où le jeune homme s'est comporté, il faut bien le dire, comme un gougnafier - agressif, moqueur, interrompant sans cesse son vis-à-vis, méprisant. Verdict : Assouline car, même si l'on ne goûte guère plus sa littérature que celle de Bégaudeau (non, nous exagérons : tout plutôt qu'un roman de Bégaudeau !), il sait au moins se comporter en gentleman.

6. Patrick Besson vs Pascal Bruckner, autre duel proposé par l'Obs. "De critiques littéraires en chroniques télé, celui-ci [Besson, ndlv] le pourchasse [Bruckner, ndlv] depuis des années d'une férocité sans faille". Hein ? Quoi ! Encore Besson ?! Mais il nous fatigue, bon sang ! Si au moins il était bon écrivain, on comprendrait qu'il ait tant d'ennemis, mais là ! Un nul comme lui ! Allons ! Verdict : tiens, Bruckner, pour faire chier Besson ! Pan !

7. Marc Weitzmann vs Renaud Camus, toujours dans l'Obs, pour les raisons qu'on devine, et qui ont encore valu à Camus récemment les petites flèches du vertueux Picouly. Problème : Camus est écrivain, Weitzmann voudrait bien. Verdict : Camus, puisque nous causons littérature...

8. Yannick Haenel vs Bertrand Visage, dans l'Obs encore. Naguère, le second recensait dans la NRF des auteurs minimalistes (Delerm, Holder & cie). Ulcéré, le premier, dont le maximalisme est bien connu, l'accuse avec son compère Badré, dans l'inénarrable revue Ligne de risque, de "vouloir vendre des 'chantres du tassement provincial' et des 'poètes du rabougrissement suranné'". Certes, le minimalisme de ces minimalistes-là ne fait pas de la grande littérature. Mais encore moins la grandiloquence grotesque et villepinienne d'un Haenel, ses sujets romantiques de lycéen attardé, son orgueil démesuré, sa sollersite délirante et son manque absolu d'humour ! Verdict : Visage, de loin le moins horripilant des deux. 
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pierre jourde 29/01/2009 16:52

toujours réjouissante, la vipère.