Lundi 27 avril 1 27 /04 /Avr 15:12


La vidéo est partout en ligne, mais enfin, la voici de nouveau, puisqu'elle est drôle.

Episode cocasse, et symptomatique, d'une certaine manière.

Symptomatique de ce que Naulleau & Zemmour expliquent rituellement presque à chaque fois (en tous cas, dans toutes les émissions que la Vipère a vues) devant des gens ("artistes", public) pour qui ça ne va pas de soi : ce que c'est que le rôle d'un critique, un jugement de valeur, une opinion, etc.

Que ça ne va vraiment pas de soi pour beaucoup de monde, c'est ce que montrent jusqu'à la nausée les saillies touchantes de Lalanne & Bigard, sur le mode enfantin que l'on connaît bien : "Tu as le droit de dire que tu n'aimes pas, mais pas que c'est nul" (l'art - le terme n'est pas bon s'agissant de Lalanne, mais passons - ramené au niveau de la carotte râpée dans les cantines : "Tu as le droit de dire que n'aimes pas, pas que c'est dégueulasse"). (De Bigard, réécouter la comparaison éclairante avec la thérapie. Saisissant).

Symptomatique, aussi, que leur travail (quoi qu'on puisse en penser par ailleurs), méritoire, est vain : on ne parle pas grec avec un japonais, ni allemand avec un lapon, ni on n'essaye de faire entendre à Lalanne ce que c'est qu'une critique, sans qu'il pète les plombs. C'est l'aspect tragique du sacerdoce de nos deux néo-Guignolisés : ils tentent d'évangéliser des âmes inévangélisables, en terrain hostile (la télévision, avec les applaudissements du public derrière) qui plus est.

(A la décharge de Lalanne, il n'y a pas de bonne réaction : on n'a pas à répondre à une critique, le dispositif est impossible, le débat critiqueur-critiqué n'existe pas en art - étant entendu qu'en ce qui concerne Lalanne, le terme "art", etc. Le concernant, il aurait d'ailleurs mieux valu qu'il s'en tienne à ce principe. Soit).

Travail impossible, donc. On peut trouver ça beau, si on veut, et même sacrificiel : s'engueuler avec Lalanne au lieu de lire Magris, c'est pousser l'abnégation bien loin. Bravo.

Mais quoi ! Après tout, cela donne des séquences comme celles-ci, qui en disent long sur beaucoup de choses, et qui sont irrésistibles. Ce n'est pas rien, non ?
Par La Vipère
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Commentaires

Sauf que Naulleau oublie une notion fondamentale de la critique : l’humour.
Prendre Lalanne au sérieux est une erreur. Comme est une faute de croire qu’être sérieux dans une émission de divertissement est possible.
Car au fond, il n'y pas à débattre avec Lalanne. Le débat d’idées exige deux interlocuteurs, au minimum.
Desproges l’avait bien compris, il se foutait ouvertement de la gueule des invités en les rendant complices par le rire.
Commentaire n°1 posté par pradoc le 27/04/2009 à 17h04
Je ne peux que souscrire à l'inanité de croire en un possible débat entre critique et critiqué, d'autant plus que le critique a la réputation d'être assassin.

D'un autre côté, Naulleau, en commençant par décréter en introduction que Lalanne est un être médiocre, fait tout pour que ce "débat" ne puisse pas exister. Il aurait pu se contenter de lire son petit texte, ça lui aurait évité de faire passer Bigard pour un chevalier blanc.
Commentaire n°2 posté par Moktarama le 27/04/2009 à 17h18
hum... oui oui oui... en fait, il y a plusieurs choses assez contradictoires: Naulleau fait partie d'un dispositif de divertissement grand public; il a obligation de clash. Chaque semaine, un con célèbre (et célèbre pour sa connerie) est choisi pour être la cible de Naulleau et/ou Zemmour (ils sont censés être de deux bords différents, en réalité parfaitement interchangeables). Le "jeu" est donc faussé dès le départ, parce que le but de ces chroniques n'est pas d'amener un débat, et encore moins de révéler un aspect des "oeuvres" dont il est question. Naulleau passe son temps à juger des "écrivains" de supermarché sur des critères de style dont ils n'ont évidemment pas idée, ni quoi que ce soit à foutre. Résultat: dialogues de sourds en chaine, avec gesticulations et quiproquos, les deux fondamentaux de la comédie. Tout le monde bien sûr y trouve son compte: le spectateur rigole bien (tout en pestant, ça fait partie du plaisir: quel con ce Bigard! et/ou: quel salaud ce Naulleau!), Ruquier a de l'audimat (il était surexcité de bonheur en voyant comme la mayo prenait bien, ça faisait plaisir à voir), Naulleau réaffirme à chaque fois ce à quoi il tient tout en satisfaisant son employeur (et là, Vipère, léger désaccord: le public finit par bien l'aimer, le nounours vachard, et son "message" passe mieux qu'il n'y paraît), et le con clasheur/clashé va vendre encore plus au supermarché. Que du bonheur. Juste un mot sur Lalanne: autant je trouve ridicule quand Naulleau condamne un auteur d'Harlequins comme si on attendait de lui des romans proustiens, autant ça me paraît pas mal qu'un Lalanne, qui se prend vraiment pour un prophète talentueux, se fasse ramasser un jour dans sa vie.
Commentaire n°3 posté par Marco le 27/04/2009 à 18h45
Mouais ! J'adhère aux propos de Marc...Et les commentaires vont bon train enrichissant les blogs, nourrissant les théories : de l'arroseur arrosé, du cercle vicieux, du chat qui se mord la queue... Et finalement du parler ou écrire pour ne rien dire ! De la surface et des glissades... Dites donc merci à cette émission de vous fournir des sujets aussi navrants pour alimenter le chroniques sur les chroniques des chroniques...
Commentaire n°4 posté par Françoise le 30/04/2009 à 19h02
Lalanne a été premier prix de conservatoire en art dramatique à Marseille, a remporté un Molière, est aussi directeur des Belles Lettres; il peut écrire de beaux textes. Mais il souffre d'une image catastrophique, CATAstrophique. Cet allure de chat botté,c'est l'angoisse. Franchement si Léo Ferré s'était balladé dans cette tenue, même Brel, je ne suis pas certaine qu'ils auraient percé même avec leur talent immense. Imagine Brel en queue de cheval avec des talons hauts et tout ptit, car Lalanne est tout petit... En prime, Lalanne a écrit un texte de gauche, or il me semble bien que Noleau est de droite. Et c'est sur ce point, sur le contenu politique que Lalanne aurait dû répondre. Cependant, plein de gens rêvent de voir Noleau se faire casser la gueule. Donc, au fond, l'énervement de Lalanne, son égo (il est lion), sa colère, c'était franchement réveillant, excitant, amusant. C'est KOI les prix de poésie qu'il a remporté? Son grand père était un grand poète chilien, et lorsqu'il chante en espagnol les poèmes de son grand père, c'est pas de la gnognotte. Ce chanteur se vend très mal, a galvaudé son talent, son image, c'est dommage.
Commentaire n°5 posté par Cata le 30/04/2009 à 23h16
Son oncle poète urugayen. Sorry. Pas un grand père chilien, pourtant je crois bien que son grand père était lui aussi poète.
Commentaire n°6 posté par cata le 30/04/2009 à 23h30
la vipère littéraire m'étonne! outre les déficiences de construction syntaxique honteuses pour un professionnel de la plume, je remarque dans la pseudo définition de la critique que le jugement de valeur est associé à une opinion...soit la vipère dévoile ici une conception relativiste de la critique, soit elle oublie - et c triste - les plus élémentaires différences de nature entre les modes de pensée. je ne m'explique pas davantage, je suppose que n importe lecteur qui s intéresse à la question littéraire sait parfaitement de quoi je parle. dommage que la couleuvre ait si peu de choses à dire, et si mal sur un problème si profond dans le champ de l art...j'espère of course ne pas être désagréable.
Commentaire n°7 posté par fab le 01/05/2009 à 01h38
"j'espère of course ne pas être désagréable."
Voilà qui est français, bien construit et d'une remarquable cohérence pour conclure un post d'une exquise clarté.
Commentaire n°8 posté par Valentin K. le 01/05/2009 à 10h23
Kamoulox !
Commentaire n°9 posté par Thierry+Tuborg le 01/05/2009 à 18h50
Sacré Francis !
Commentaire n°10 posté par Tietie007 le 11/07/2009 à 06h56
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