Sollers se fait une pigiste, le Roi corrige son peuple

Publié le par La Vipère



Dire de Sollers (qu'on pardonne à la Vipère d'y revenir encore, mais enfin, elle mord ce qui passe devant elle, et en ce moment il ne passe que lui, partout, tout le temps) ce que l'on en pense (littérairement : du mal), c'est, on le savait déjà, laisser remonter à sa bouche le "vieux fond fasciste" qui traîne dans notre France - stupide argument habituel avancé de nouveau, on s'en souvient, dans le chat qu'il a fait récemment sur le site du Monde.

Ou alors, variante : c'est n'avoir rien compris, c'est être un âne - en l'espèce, une ânesse. Evident, non ? Ainsi Sollers répond-il dans sa dernière chronique du JDD à Delphine Peras, de l'Express, qui avait osé - oh, l'insolente ! - émettre des réserves :

Pour moi, écrire est une joie, publier me fatigue, mais on a, de temps en temps, l'occasion de rire. Je lis ainsi, dans L'Express, magazine qui, je ne sais pourquoi, me poursuit d'une animosité tenace [trouver que vos livres sont nuls et que ça ne s'arrange pas, cher Sollers, c'est évidement de l'animosité, une forme de haine personnelle...] , un article d'une pigiste (Delphine Peras) sur mon dernier roman Les Voyageurs du temps. Sa conclusion est la suivante : "L'élixir du Révérend Père Sollers n'a rien de corrosif." Je suis obligé de me demander si cette charmante pigiste sait ce qu'est un élixir, et si elle a déjà fait l'expérience, dans sa vie amoureuse, de ce genre de philtre magique. Mais là où je m'inquiète, c'est de la voir imaginer un élixir "corrosif". Un tord-boyaux alors ? Je dois l'avouer : j'écris au margaux, pas au picrate.

L'oeil averti note le mépris doublement exprimé : d'abord, Delphine Peras est une pigiste - comme on dirait un valet, une roturière, une stagiaire ; ensuite, son nom, Sollers ne l'écrit qu'entre parenthèses, comme s'il méritait à peine d'être mentionné (eh, forcément : les pigistes, c'est interchangeable ! Comme la piétaille, comme les troufions !), comme si ce n'était finalement pas à elle qu'il répondait (il ne va pas lui faire cet honneur : elle n'est qu'une pigiste) mais à ce dont elle participe, la cabale ordinaire contre lui... (Et ne disons même rien du "charmante" devant pigiste...)

Continuons :

Un reproche lancinant m'est fait : je n'écrirais pas de "vrais romans". Le vrai roman, pour la critique littéraire française, est visiblement un livre qu'on doit lire comme on voit un film, le modèle étant anglo-saxon une fois pour toutes [...] Hors du roman psychologique à embarras sexuel ou parental, pas de salut. Or rien n'est plus romanesque, aujourd'hui, que de se poser la question de la vraie lecture, puisqu'on peut en constater partout la consternante dévastation. Le roman vrai, c'est l'existence plus ou moins intensément poétique et par conséquent très interdite, c'est tout.

Laissons l'incompréhensible justification finale sur le mode "moi Sollers suis un poète et en cela je dérange", pour en venir à plus important : il faut reconnaître à Sollers que lui reprocher de n'écrire pas des "vrais romans" est sot, et que ce n'est pas cela qu'il faudrait dire.

Car enfin, roman, pas roman, vrai roman, faux roman, n'importe !

Le vrai sujet, le vrai reproche, eh ! C'est que Sollers écrit des livres nuls, voilà tout !
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V
D'entrée, le ton est donné ; brute, l'impassible 'Palissade' de bois, érigée par Guillaume Leblon, étire son étrangeté, première frontière avant le grand saut. Entre une politique du pragmatisme et une omni-présidence maniaque de la séduction, difficile, ces derniers temps, de ne pas voir l'attraction fondamentale de la réalité et de la fantaisie. Tout l'enjeu de l'exposition tient dans cette étrange rencontre fusionnelle, cette séduction charnelle entre deux dimensions ouvertes. Dernier avatar de la rudesse, la palissade clôt autant qu'elle annonce un monde où les valeurs sont renversées, où l'esprit se nourrit de ce qui heurte la matière et où l'imaginaire vient modifier ce que peut le corps. Plus loin, figée dans la pierre par Giuseppe Gabellone, l'image impose pour de bon sa consistance. Comme une danse lancinante entre les deux postures pragmatiques et romantiques, la valse mélancolique se poursuit et dévoile sa vraie nature. La lecture se fait politique et l'on voit naître, au long de l'exposition, un plaidoyer pour une expérience de l'art comme condition de vie, découpant une réalité violente en autant de moments esthétiques avec les 'Surplombs' de Dove Allouche. Sous ses faux airs ésotériques, 'Pragmatismus & Romantismus' est un hommage vibrant à l'exhortation d'une vie comme oeuvre d'art, à l'effort de transfigurer le réel en un mouvement de reconstruction du décorum du monde. Charge discrète mais tenace, l'exposition déverse sa mélancolie joyeuse et ouvre les perspectives en rappelant, avec enthousiasme, comme l'art rend le monde vivable.
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