Depuis la fête du travail, nous dormions ; c'est que nous avions commencé de lire, pressés par une critique alléchante, le nouveau polar de Franz-O, et qu'il nous a tellement captivé que nous avons
sombré dans le sommeil, vers la page 16. Réveil douloureux.
Qu'avons-nous loupé, durant ces quinze jours ? Ah ! Des informations terrifiantes sont au bas du téléscripteur. Voyons cela.
- Le prochain Ministre de la Culture serait... Christophe Girard. Révélation sidérante du
Post. Plus qu'Allègre à l'Education, ce
serait l'ouverture de trop, la faute de goût. Christophe Girard ! Au Ministère des arts et des belles lettres ! Faut-il rappeler son méfait principal (il y en aurait d'autres à citer, mais trop
nombreux) : la navetissime
Défaillance des pudeurs ? Livre culte, pour les 65 qui l'ont lu. On en reparle, s'il accède à la rue de Valois. Frisson garanti : nuits blanches en perspective
!
- Le prochain
candidat de Fort Boyard sera, parmi d'autres, un romancier : Patrick Poivre d'Arvor,
l'excellent auteur du
Roman de Virginie et de l'
Irrésolu (prix Interallié en 2000). Déjà des voix s'interrogent : est-il bon qu'un écrivain de son envergure sorte de sa réserve
pour entrer dans le monde, rompe sa posture gracquienne et se montre à la télévision ? D'aucuns répondent que rien n'est de trop, lorsqu'il s'agit de faire connaître et triompher la littérature.
Nous balançons entre ces deux idées, hésitants.
- Nancy Huston s'épanche dans
Le Monde. Tribune crypto-féministe tonitruante et peu
claire, qui commence par une pique à Simone de Beauvoir - cela excuse le reste, qui n'est cependant pas piqué des vers. "
C'est tellement énorme qu'on ne le voit même pas : les hommes
constituent, de par le monde, entre 90 % et 100 % des criminels, des pédophiles, des violeurs, des généraux, des chefs d'Etat et des grands leaders religieux". Et des bons écrivains ? Quelle
proportion ? Evidemment, le cas de Nancy n'est pas un exemple qui aiderait à répondre. "
Pour ma part, j'aimerais bien savoir pourquoi la spécificité des hommes (c'est-à-dire des mâles de
l'espèce humaine) semble être le massacre des innocents. Ce n'est pas l'espèce humaine qui fait ça, ce sont les phallophores, jeunes le plus souvent mais encouragés, excités, éperonnés par des
vieux. Oui, il faut avoir un pénis et des testicules pour ainsi charcuter, violer, ouvrir le corps des autres à la machette, au poignard ou à l'épée, les déchiqueter à la mitraillette, les
décapiter et jouer aux boules avec les têtes... A toute époque surviennent les orgies sanglantes perpétrées par des mâles, non tous les mâles bien entendu mais eux seulement, alors que (si ce n'est
dans Les Bacchantes
où Euripide tente de fantasmer la chose) on n'a encore jamais vu une bande de femmes se livrer joyeusement au carnage, s'enivrer de sang, glisser dans le sang,
éparpiller les intestins, piétiner les cervelles, bouffer à pleines mains la chair de leurs ennemis". Etc, etc. 2 pages comme cela. On n'a peut-être jamais vu une bande de femmes se livrer
joyeusement au carnage, ensemble ; mais isolément, se livrer à la mauvaise littérature ou au délire, combien de fois ?
- Yann Moix, en matière de goût, se trompe décidément sur tout, y compris lorsqu'il ne parle pas de littérature - il y a une vraie cohérence chez cet homme, apparemment si confus. La musique, par
exemple ;
chroniquant S.T.P., À travers l'Amérique avec les Rolling
Stones de Robert Greenfield, il écrit : "
Je ne comprends même pas comment a pu exister une compétition, une guerre, entre fans des Beatles et fans des Stones . Zappa ne s'y est pas trompé
: les Stones écrabouillent évidemment Paul et ses amis". Tssss...
- De Patrick Besson, une menace voilée, dans
le Point du 30 avril : "
J'ai fini mon
roman". Gloups : il faut sans doute s'attendre à ce qu'il le publie.
- Une bonne baffe à Coehlo, par
Jérôme Garcin : "
je n'ai jamais lu un livre aussi
bête.
Aussi arrogant et pontifiant dans la bêtise" ; "
à côté, même la prose d'Eric-Emmanuel Schmitt et les poèmes de Francis Lalanne semblent digestes" ; "
roublardise de
bonimenteur évangéliste", "
écrit avec les pieds", etc. Sujet facile, certes, mais enfin, c'est toujours bon à lire. Voilà qu'on trucide tranquillement, pendant que la Vipère dort
!
On se recouche. Réveillez-moi quand Girard remplace Albanel.